La réforme de la facturation électronique 2026 repose sur deux obligations distinctes mais complémentaires : l'e-invoicing et l'e-reporting. La première concerne les factures entre pros. La seconde concerne tout le reste — ventes aux particuliers, opérations internationales, données de paiement. La confusion entre les deux est la première source d'erreur chez les indépendants et TPE. Cet article élimine cette confusion une fois pour toutes, avec un arbre de décision, les fréquences exactes par régime TVA, les données à transmettre, et des exemples concrets par métier.

Le résumé en 30 secondes

E-invoicingE-reporting
QuoiFactures électroniques structurées (Factur-X, UBL, CII)Données de transaction + données de paiement
Quelles opérationsB2B domestique (entre entreprises françaises assujetties TVA)B2C (ventes aux particuliers) + B2B international (UE et hors UE) + données de paiement
FormatFacture structurée obligatoire (Factur-X / UBL / CII)Transmission de données — la facture peut rester en PDF classique
CanalVia une Plateforme Agréée (PA)Via une PA (la même ou une différente)
Sanction50 € par facture non conforme500 € par transmission manquante
Plafond annuel15 000 €15 000 €
💡 La phrase à retenir : l'e-invoicing, c'est la facture elle-même qui circule au format électronique. L'e-reporting, c'est un « rapport de données » que vous envoyez au fisc sur les opérations que l'e-invoicing ne couvre pas. Les deux passent par une PA. Les deux sont obligatoires. Les deux suivent le même calendrier.

E-invoicing : la facture électronique B2B

Ce que c'est

L'e-invoicing est l'obligation d'émettre, transmettre et recevoir des factures au format électronique structuré pour toutes les transactions B2B entre entreprises assujetties à la TVA et établies en France. Concrètement : votre facture n'est plus un PDF envoyé par email — c'est un fichier Factur-X, UBL ou CII, transmis via une PA.

Ce qui est couvert

  • Vente de biens ou prestation de services B2B domestique : vous facturez une entreprise française → e-invoicing
  • Facture à une collectivité publique : c'est déjà obligatoire depuis 2020 via Chorus Pro
  • Facture B2B avec autoliquidation : sous-traitance BTP, par exemple → e-invoicing (la facture circule même si la TVA est autoliquidée)

Ce qui n'est PAS couvert par l'e-invoicing

  • Ventes à des particuliers (B2C) : pas d'e-invoicing → mais e-reporting obligatoire
  • Ventes à un client étranger (UE ou hors UE) : pas d'e-invoicing → mais e-reporting obligatoire
  • Achats auprès d'un fournisseur étranger : pas d'e-invoicing → mais e-reporting obligatoire (acquisitions intracommunautaires, prestations reçues de fournisseurs non établis en France)
⚠️ Attention à la nuance : une entreprise peut avoir 100 % de son chiffre d'affaires en B2C (un boulanger, un coiffeur) et ne jamais émettre d'e-invoicing sur ses ventes. Mais elle devra quand même recevoir des factures électroniques de ses fournisseurs (e-invoicing entrant) ET faire du e-reporting sur ses ventes B2C. L'e-invoicing en réception concerne tout le monde dès septembre 2026.

E-reporting : la déclaration B2C + international

Ce que c'est

L'e-reporting est la transmission à l'administration fiscale de données sur les opérations qui ne sont pas couvertes par l'e-invoicing. Son objectif : permettre au fisc d'avoir une vision quasi-complète de toutes les transactions économiques, pas seulement le B2B domestique. C'est le complément indispensable de l'e-invoicing — sans lui, l'administration n'aurait aucune visibilité sur le B2C et l'international.

Les 4 types d'opérations soumises au e-reporting

  • Ventes B2C France : toute vente à un particulier non assujetti à la TVA. Un restaurateur qui sert 200 couverts par jour, un coiffeur qui encaisse 30 clients, un taxi qui fait 15 courses — toutes ces ventes doivent être reportées.
  • Ventes B2B internationales : exports hors UE, livraisons intracommunautaires, prestations à des clients UE ou hors UE. Un consultant qui facture un client allemand, un photographe qui vend des droits à une agence américaine.
  • Achats internationaux (hors import de biens) : acquisitions intracommunautaires de biens, achats de services auprès de fournisseurs non établis en France (SaaS américain, hébergement cloud irlandais, etc.).
  • Données de paiement : pour les prestations de services soumises à la TVA sur les encaissements, la date et le montant de chaque paiement reçu doivent être transmis (on y revient en section 7).

Format : pas besoin de Factur-X pour le e-reporting

Contrairement à l'e-invoicing, le e-reporting n'impose pas de facture au format structuré. Votre facture à un client étranger ou à un particulier peut rester un PDF classique. Ce qui est transmis à l'administration, ce sont les données agrégées (pour le B2C) ou les données facture par facture (pour l'international). C'est votre PA qui se charge de cette transmission.

Pour approfondir le volet B2C spécifiquement (ticket Z, caisse NF525, détail des données) : guide complet e-reporting B2C.

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L'arbre de décision : quelle obligation pour ma transaction ?

Posez-vous ces 3 questions pour chaque transaction. La réponse détermine votre obligation.

Question 1 : Mon client est-il une entreprise française assujettie à la TVA ?

  • OUI → c'est du B2B domestique → e-invoicing. Facture au format Factur-X/UBL/CII, transmise via PA.
  • NON → passez à la question 2.

Question 2 : Mon client est-il un particulier (non assujetti TVA) ?

  • OUI → c'est du B2C → e-reporting. Données agrégées par jour, par taux TVA, transmises via PA. Pas besoin de Factur-X.
  • NON → passez à la question 3.

Question 3 : Mon client est-il une entreprise étrangère (UE ou hors UE) ?

  • OUI → c'est de l'international → e-reporting. Données facture par facture transmises via PA. La facture peut être en PDF classique.
💡 Cas hybride fréquent : un restaurateur qui sert des particuliers (B2C → e-reporting) ET facture un traiteur B2B (e-invoicing) a les deux obligations simultanément. De même, un consultant qui a des clients français (e-invoicing) et des clients allemands (e-reporting) doit gérer les deux flux.

Et pour les achats (factures reçues) ?

  • Facture d'un fournisseur français : vous la recevez en e-invoicing via votre PA (dès septembre 2026).
  • Facture d'un fournisseur UE (acquisition intracommunautaire) : vous faites du e-reporting sur cet achat — vous transmettez les données de la facture reçue.
  • Facture d'un fournisseur hors UE (achat de services) : e-reporting également.
  • Import de biens (douane) : pas d'e-reporting — les imports sont exclus car déjà déclarés via la douane.

Quelles données transmettre ? (e-invoicing vs e-reporting)

E-invoicing : la facture entière

En e-invoicing, c'est la facture elle-même qui est transmise au format structuré. La PA extrait automatiquement les 24 données obligatoires du XML (SIREN vendeur/acheteur, montants HT/TVA/TTC, taux TVA, dates, mentions obligatoires…) et les transmet à l'administration. Vous n'avez rien à faire de plus que d'émettre une facture conforme.

E-reporting B2C : données agrégées quotidiennes

Pour les ventes aux particuliers, vous ne transmettez pas chaque ticket ou facture. Vous transmettez un agrégat quotidien au niveau du SIREN, ventilé par :

  • Catégorie d'opération : livraison de biens / prestation de services
  • Taux de TVA : 5,5 % / 10 % / 20 % / exonéré
  • Montant HT et montant de TVA pour chaque combinaison catégorie × taux

C'est l'équivalent numérique du ticket Z quotidien. Si vous avez une caisse enregistreuse certifiée NF525, elle produit déjà ces données — il faudra qu'elle soit raccordée à votre PA pour les transmettre automatiquement.

E-reporting international : données facture par facture

Pour les opérations B2B internationales, les données sont transmises facture par facture (pas d'agrégation). Les données exigées sont proches de celles de l'e-invoicing : SIREN, identifiant du client étranger (n° TVA intracommunautaire ou identifiant étranger), pays, catégorie, date, numéro de facture, montants HT et TVA par taux, devise.

⚠️ Simplification août 2025 : l'obligation de transmettre le détail ligne par ligne (dénomination, quantités, prix unitaires) pour les achats internationaux a été abandonnée. Seules les données au niveau du document sont requises. Pas d'e-reporting à vide non plus si aucune opération sur la période.

Fréquences de transmission : décade, mensuel, bimestriel

La fréquence de transmission du e-reporting dépend de votre régime de TVA. C'est l'un des points les plus mal compris de la réforme.

Régime TVAFréquence données de transactionDélai de transmission
Régime réel normal mensuel3 fois/mois (par décade : 1-10, 11-20, 21-fin)10 jours après la fin de chaque décade
Régime réel normal trimestrielMensuelAu plus tard le 10 du mois suivant
Régime simplifié d'imposition (RSI)MensuelAu plus tard le 25 ou 30 du mois suivant
Franchise en base de TVABimestriel (tous les 2 mois)Au plus tard le 25 ou 30 du mois suivant la période

Exemple concret : un boulanger au régime réel normal mensuel doit transmettre ses données B2C 3 fois par mois. Pour les ventes du 1er au 10 mars, il a jusqu'au 20 mars. Pour les ventes du 11 au 20 mars, jusqu'au 30 mars. Pour les ventes du 21 au 31 mars, jusqu'au 10 avril. Un micro-entrepreneur en franchise TVA, lui, transmet tous les 2 mois.

💡 Pour l'e-invoicing, pas de fréquence : la facture est transmise au moment de son émission, en temps réel via la PA. Il n'y a pas de « batch » à envoyer périodiquement — chaque facture part individuellement quand vous l'émettez.

Le cas spécial : les données de paiement

Au-delà des données de transaction, la réforme introduit une obligation de transmission des données de paiement. C'est le volet le plus méconnu — et pourtant il concerne des millions de prestataires de services.

Pourquoi les données de paiement ?

Pour les prestations de services, la TVA est en principe exigible à l'encaissement (quand le client paie), pas à la facturation. L'administration a besoin de savoir quand le paiement intervient pour vérifier que vous reversez la TVA au bon moment. D'où cette obligation complémentaire.

Qui est concerné ?

  • Tous les prestataires de services soumis à la TVA sur les encaissements (le régime par défaut) : consultants, formateurs, photographes, coiffeurs, développeurs, etc.
  • Exception : si vous avez opté pour la TVA sur les débits (mention « Option pour le paiement de la taxe d'après les débits » sur vos factures), vous n'êtes PAS concerné par cette obligation de données de paiement — la TVA est due dès la facturation, pas à l'encaissement.
  • Les vendeurs de biens : pas concernés — la TVA sur les livraisons de biens est exigible à la livraison, pas au paiement.

Quelles données transmettre ?

Pour chaque paiement reçu : la date du paiement et le montant encaissé. La fréquence de transmission des données de paiement est mensuelle pour le régime réel normal (avant le 10 du mois suivant) et le régime simplifié (entre le 25 et le 30), et bimestrielle pour la franchise en base.

Exemples concrets par métier

MétierE-invoicing (factures B2B)E-reporting (ventes B2C / international)Données de paiement
Consultant freelanceOui — factures aux entreprises clientes françaisesOui si clients UE/hors UEOui (prestation de services, TVA sur encaissements)
PlombierOui — factures B2B (chantiers sous-traitance, syndics, entreprises)Oui si clients particuliers (dépannage, rénovation)Oui pour les prestations aux particuliers
BoulangerRare (fournisseurs qui vous facturent = e-invoicing entrant)Oui — 95 % du CA en B2C → e-reporting massifNon (vente de biens = TVA à la livraison)
RestaurateurOui si traiteur B2BOui — majorité B2C → e-reporting (ticket Z)Oui pour les prestations sur place (service à table = prestation)
MédecinOui — rétrocessions, redevances de collaboration, expertisesLimité — consultations exonérées TVA mais données à reporterNon pour les actes exonérés
Agent co. immobilierOui — 100 % B2B (commissions au réseau)Non — pas de B2C, pas d'internationalOui (prestation de services)
Taxi / VTCOui si courses entreprises (facture au donneur d'ordre)Oui — courses particuliers = B2C → e-reportingOui (prestation de service de transport)
Formateur indépendantOui — factures aux entreprises, OPCOOui si formations à des particuliers (hors CPF)Oui (prestation de services)

Votre Factur-X passera-t-il la validation de votre PA ?

Avant de transmettre via votre plateforme agréée, vérifiez la conformité EN 16931 : mêmes contrôles Schematron que Chorus Pro.

Validation XSD + Schematron
4 mentions obligatoires 2026
Vérification SIRET
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Sanctions : e-invoicing vs e-reporting (LFI 2026)

ObligationAmendePlafond annuelBase légale
E-invoicing : facture non émise au format électronique50 € par facture15 000 €LFI 2026, art. 123
E-reporting : transmission manquante500 € par transmission15 000 €LFI 2026, art. 123
Pas de PA désignée (réception)Mise en demeure → 500 € après 3 mois → 1 000 € tous les 3 moisLFI 2026, art. 123
Mention manquante/inexacte15 € par mention par facture25 % du montant factureArt. 1737 CGI
Droit à l'erreurPremière infraction non sanctionnée si régularisation spontanée ou sous 30 jours

Le piège de l'e-reporting : l'amende est de 500 € par transmission manquante, pas par facture. Si vous êtes au régime réel normal mensuel et que vous manquez 3 décades de e-reporting sur un mois, c'est 3 × 500 € = 1 500 €. Sur un an (36 décades), le maximum théorique est 15 000 €. Pour un commerçant B2C, le risque e-reporting est souvent plus élevé que le risque e-invoicing.

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Questions fréquentes

E-invoicing = factures B2B entre entreprises françaises, au format structuré via PA. E-reporting = données transmises au fisc pour les opérations hors e-invoicing (B2C, international, paiements). Les deux sont obligatoires, les deux passent par une PA.
Vos ventes B2C = e-reporting (données agrégées). Vos achats auprès de fournisseurs pros = e-invoicing en réception dès septembre 2026. Vous avez les deux obligations. Guide détaillé : e-reporting B2C.
3 fois/mois (décade) au régime réel normal mensuel. 1 fois/mois au régime simplifié. 1 fois tous les 2 mois en franchise TVA. Délai : 10 jours après la fin de chaque période.
Données agrégées quotidiennes au niveau du SIREN : CA par catégorie (biens/services) et par taux de TVA, montant de TVA. C'est un ticket Z numérique. Pas besoin d'envoyer chaque ticket individuel.
Oui. Sept. 2026 : réception e-invoicing + e-reporting GE/ETI. Sept. 2027 : émission e-invoicing + e-reporting pour TPE/PME/micro.
Non. L'administration a confirmé : pas de transmission à vide si aucune opération taxable sur la période. Pas de vente = pas de e-reporting.
Vente au client final (particulier) = B2C → e-reporting. Commission de la marketplace (facture de la marketplace à vous) = B2B → e-invoicing. Les deux coexistent.
E-reporting. L'e-invoicing ne concerne que le B2B entre entreprises françaises. La facture au client allemand peut rester en PDF — mais les données doivent être transmises au fisc via votre PA.
Pour les prestations de services (TVA sur les encaissements) : date et montant de chaque paiement reçu. Fréquence mensuelle ou bimestrielle. Pas concerné si TVA sur les débits ou si vente de biens.
Les logiciels PA (Tiime, Pennylane, Indy, Evoliz) gèrent ou vont gérer la transmission automatique. Caisse NF525 : vérifiez le raccordement PA. Excel : vous devrez agréger manuellement et transmettre via votre PA. Voir comparatif logiciels.
E-invoicing : 50 € par facture non conforme. E-reporting : 500 € par transmission manquante. Plafond identique : 15 000 €/an. Le e-reporting est sanctionné 10× plus cher par manquement — c'est le risque le plus sous-estimé.
Pas encore. L'objectif à terme est le préremplissage de la déclaration de TVA. Mais en 2026-2027, l'e-reporting s'ajoute aux déclarations existantes — il ne les remplace pas. Le préremplissage viendra dans une phase ultérieure.