La réforme de la facturation électronique 2026 a deux volets. Tout le monde parle du premier — le Factur-X et l'e-invoicing entre entreprises. Presque personne ne parle du second — le e-reporting — alors qu'il concerne infiniment plus de monde. Chaque boulanger qui vend une baguette, chaque coiffeur qui coupe des cheveux, chaque restaurateur qui sert un menu du jour, chaque boutique de vêtements qui vend un jean — toutes ces transactions B2C devront être déclarées à la DGFiP via le e-reporting. Ce guide est le premier à tout couvrir en détail : quoi déclarer, quand, comment, et ce qui se passe si vous ne le faites pas.

E-reporting vs e-invoicing : la distinction fondamentale

La confusion entre ces deux termes est la première source d'erreur. Voici la règle simple :

  • E-invoicing = les factures que vous échangez avec d'autres entreprises françaises (B2B domestique). Elles doivent être au format Factur-X/UBL/CII et transiter par une Plateforme Agréée. C'est une obligation de format.
  • E-reporting = les données de toutes les autres transactions : ventes aux particuliers (B2C), ventes à l'international, et données de paiement des prestations de services. Vous ne transmettez pas une facture, mais des données agrégées à la DGFiP. C'est une obligation de transmission d'information.

Pourquoi le e-reporting existe : sans lui, l'administration ne verrait que les transactions B2B (via l'e-invoicing). Or, des millions d'entreprises vendent principalement ou exclusivement à des particuliers. Le e-reporting comble ce trou — il donne à la DGFiP une vision complète de l'activité économique, en vue du préremplissage de la déclaration de TVA (CA3).

⚠️ Le parent pauvre de la réforme : la Revue Fiduciaire l'a dit clairement — le e-reporting « reste le parent pauvre des débats entre professionnels et administration ». Pourtant, il concerne une partie non négligeable de la réforme et pose des questions pratiques pour certaines non encore résolues. Si vous êtes un commerce B2C, ne vous fiez pas au silence ambiant : l'obligation arrive.

Qui est concerné ? Des millions d'entreprises

Le e-reporting concerne toute entreprise assujettie à la TVA en France qui réalise au moins l'un de ces types d'opérations :

  • Ventes à des particuliers (B2C) — boulangers, coiffeurs, restaurateurs, fleuristes, boutiques, e-commerce, VTC, taxis, photographes de mariage, coachs sportifs…
  • Ventes à des clients étrangers (B2B international) — exportations hors UE, livraisons intracommunautaires, prestations à des entreprises non établies en France
  • Prestations de services avec TVA sur encaissementsconsultants, coiffeurs, formateurs, restaurateurs : la date d'encaissement doit être déclarée

Ceux qui ne sont PAS concernés par le e-reporting

Les opérations exonérées de TVA au sens de l'article 261 du CGI ne sont soumises ni à l'e-invoicing ni au e-reporting. Cela concerne les actes médicaux (médecins, kinés), l'enseignement scolaire, les activités bancaires et d'assurance. Mais attention : la franchise de TVA (article 293 B) n'est PAS une exonération — les entreprises en franchise sont soumises au e-reporting.

💡 Le chiffre vertigineux : la France compte plus de 5 millions d'entreprises, dont 4,3 millions de micro-entreprises. La majorité vend à des particuliers. Le e-reporting touche potentiellement plus d'entreprises que l'e-invoicing — et pourtant, c'est l'e-invoicing qui fait la une.

Les 3 types de e-reporting : transactions B2C, international, paiements

Type 1 : e-reporting des transactions B2C

C'est le cœur du sujet pour les commerçants. Vous vendez à des particuliers → vous devez transmettre les données agrégées de ces ventes. Pas facture par facture (c'est la bonne nouvelle), mais par jour : date, montant total HT, montant TVA, ventilé par taux de TVA (5,5 %, 10 %, 20 %) et par catégorie d'opération (biens, services, mixte). Aucune donnée permettant d'identifier le client final n'est transmise — pas de nom, pas d'adresse, pas de téléphone.

Type 2 : e-reporting des opérations internationales

Contrairement au B2C, les transactions internationales sont déclarées facture par facture (pas agrégées). Les données incluent : identification du pays, SIRET de la partie française, numéro de TVA intracommunautaire du partenaire étranger, montant, devise, catégorie d'opération. Cela concerne les exportations, les livraisons intracommunautaires, les prestations de services à des preneurs étrangers, et les acquisitions intracommunautaires côté achat.

Type 3 : e-reporting de paiement (prestations de services)

C'est le type le plus subtil. Pour les prestataires de services dont la TVA est exigible à l'encaissement (pas sur les débits), la DGFiP a besoin de savoir quand vous avez réellement été payé — car c'est le paiement qui déclenche l'obligation de reverser la TVA. Vous devez transmettre la date et le montant de chaque encaissement. Cela concerne les coiffeurs, les consultants, les restaurateurs, les formateurs — en fait, tous les prestataires de services qui n'ont pas opté pour la TVA sur les débits.

Quelles données transmettre (et ce qu'on ne transmet PAS)

DonnéeB2C (agrégé/jour)International (par facture)Paiements
SIREN de l'entreprise
Date (transactions ou encaissement)✓ (par jour)✓ (date facture)✓ (date encaissement)
Montant total HT✓ (par jour)✓ (par facture)✓ (montant encaissé)
Montant TVA ventilé par taux
Catégorie (biens / services / mixte)
Numéro de facture✓ (facture associée)
Identité du clientNON✓ (n° TVA intra)
Pays du client
Devise✓ (si ≠ EUR)
💡 Ce que vous NE transmettez PAS pour le B2C : le nom du client, son adresse, son numéro de téléphone, le détail de ce qu'il a acheté (pas de « 2 baguettes + 1 croissant »), le mode de paiement (CB, espèces, chèque). L'administration veut les montants agrégés par jour et par taux de TVA — point final.

À quelle fréquence ? Le tableau par régime de TVA

C'est le point le plus concret de l'article — et le moins bien compris. La fréquence de transmission dépend de votre régime de TVA, pas de la taille de votre entreprise.

Votre régime de TVAFréquenceDélai de dépôt
Réel normal mensuel
CA > 254 000 € (services) ou > 840 000 € (ventes)
Par décade
3 dépôts/mois
10 jours après la fin de chaque période de 10 jours
Ex : données du 1-10 mars → dépôt avant le 20 mars
Réel normal trimestriel
TVA annuelle < 4 000 € + option trimestrielle
Mensuel Avant le 10 du mois suivant
Ex : données de mars → dépôt avant le 10 avril
Régime simplifié d'imposition
CA entre les seuils franchise et réel normal
Mensuel Entre le 25 et le 30 du mois suivant
Ex : données de mars → dépôt entre le 25 et 30 avril
Franchise en base de TVA
CA < 37 500 € (services) ou < 85 000 € (ventes)
Bimestriel
(tous les 2 mois)
Entre le 25 et le 30 du mois suivant la fin de la période
Ex : données janv-fév → dépôt entre le 25 et 30 mars
⚠️ Attention aux décades : si vous êtes au régime réel normal mensuel (cas de beaucoup de restaurants, commerces avec CA > 254 000 €), vous devez transmettre vos données 3 fois par mois. C'est la fréquence la plus exigeante — et celle qui nécessite le plus d'automatisation. Vos systèmes de caisse doivent être capables de générer le fichier de e-reporting automatiquement après chaque décade.
⚡ Offert

Vos factures B2B déjà prêtes pour le e-invoicing

Le e-reporting concerne le B2C — mais vos factures B2B doivent être en Factur-X. Convertissez-les maintenant pour être prêt sur les deux fronts.

Convertir mes factures B2B →
Offert · Sans inscription · Sans CB

Ticket Z, caisse NF525 et logiciel de facturation

Le ticket Z : votre meilleur allié pour le e-reporting

Le ticket Z (ou Z de caisse) est le récapitulatif quotidien généré par votre caisse enregistreuse à la clôture. Il totalise le CA TTC du jour, ventilé par taux de TVA et par mode de paiement. C'est exactement le type de données que le e-reporting demande. L'impots.gouv.fr le confirme : les données du ticket Z « pourront faciliter la transmission des données attendues ».

La certification NF525 : nécessaire mais pas suffisante

Depuis 2018, tout logiciel ou système de caisse doit être certifié NF525 (inaltérabilité, sécurité, conservation, archivage des données). C'est une obligation légale (art. 286 CGI). Mais la certification NF525 ne garantit pas que votre caisse peut exporter les données vers une Plateforme Agréée dans le format structuré requis pour le e-reporting. C'est une couche supplémentaire que votre éditeur de caisse doit implémenter. Contactez-le maintenant — pas en août 2027.

Les 3 modes de transmission prévus par la DGFiP

  • Mode 1 — Via le ticket Z : votre logiciel de caisse exporte automatiquement les données du ticket Z vers votre PA dans un format structuré. C'est le mode le plus automatisé et recommandé pour les commerces avec caisse enregistreuse.
  • Mode 2 — Via une facture électronique B2C : vous déposez une facture au format structuré sur votre PA, qui en extrait les données utiles pour le e-reporting. La facture n'est pas transmise au client particulier — elle sert uniquement de véhicule de données.
  • Mode 3 — Saisie manuelle ou état récapitulatif : pour les entreprises sans caisse ni logiciel de facturation, vous pouvez saisir directement un récapitulatif sur la plateforme de votre PA. C'est le mode de dernier recours — peu pratique au-delà de quelques transactions par mois.

Exemples concrets par métier

Le boulanger

Vous vendez 300 baguettes (TVA 5,5 %), 80 sandwichs (TVA 10 %), 40 boissons (TVA 20 %) et 15 gâteaux de mariage commandés par un traiteur (B2B → Factur-X, pas e-reporting). Votre caisse NF525 génère un ticket Z avec le CA ventilé par taux. Ce ticket Z est la source du e-reporting. Les 15 gâteaux B2B sont exclus du e-reporting — ils passent par l'e-invoicing. Pour les détails TVA, consultez notre guide boulanger.

Le coiffeur

100 % B2C en général (sauf location de fauteuil à un collaborateur = B2B). Votre e-reporting couvre toutes les coupes, colorations, soins — TVA 20 % sur tout. Particularité : en tant que prestataire de services, la TVA est exigible à l'encaissement. Vous devez aussi transmettre les données de paiement (type 3 du e-reporting). Si une cliente paie un forfait de 6 séances en avance, l'encaissement total est déclaré à la date du paiement — pas étalé sur 6 mois. Détails dans notre guide coiffeur.

Le restaurateur

Le cas le plus complexe en e-reporting. Vous avez 3 taux de TVA (10 % sur place, 5,5 %/10 % à emporter selon les produits, 20 % sur l'alcool), des volumes énormes (200+ couverts/jour) et un mix B2B (repas d'affaires avec facture) / B2C (clients individuels). Si vous êtes au régime réel normal mensuel (probable avec un CA > 254 000 €), vous transmettez par décade — soit 3 fois par mois. Votre caisse doit distinguer précisément les taux. Voir notre guide restaurateur.

Le e-commerce

Le cas souvent oublié. Si votre site e-commerce n'utilise pas de logiciel de caisse certifié NF525 (ce qui est toléré sous conditions pour le e-commerce pur), vous devrez tout de même transmettre les données de ventes B2C via le e-reporting. Votre CMS (Shopify, WooCommerce, Prestashop) devra être capable d'exporter les données de ventes agrégées vers votre PA. Vérifiez dès maintenant avec votre hébergeur ou votre plugin de facturation.

Le VTC / taxi

Clientèle massivement B2C. Chaque course à un particulier doit être intégrée dans le e-reporting. Si vous passez par Uber ou Bolt, vérifiez qui est responsable de la transmission (vous ou la plateforme ?). Détails dans notre guide taxi/VTC.

Sanctions et risques de contrôle

  • 250 € par transmission manquante ou erronée de e-reporting, plafonnée à 15 000 € par année civile
  • Droit à l'erreur : première infraction non sanctionnée si régularisation sous 30 jours
  • 15 € par mention obligatoire manquante sur les factures (e-invoicing, pas e-reporting — mais les deux obligations se cumulent)

Le vrai risque : l'incohérence avec la déclaration de TVA

C'est le danger que personne ne mentionne. L'objectif final du e-reporting est le préremplissage de la déclaration de TVA (CA3). La DGFiP va comparer vos données de e-reporting avec votre déclaration de TVA. Si votre e-reporting indique 150 000 € de CA B2C sur l'année, mais que votre CA3 déclare 180 000 € de CA total avec seulement 120 000 € de CA B2B traçable via l'e-invoicing… il y a un trou de 60 000 €. Ça déclenche un contrôle. L'e-reporting n'est pas qu'une obligation administrative — c'est un outil de détection automatique des incohérences.

💡 Archivage obligatoire : les données de caisse et de e-reporting doivent être conservées et archivables (art. 102 B du LPF). En cas de contrôle fiscal, l'administration peut demander la restitution des données de chaque décade ou mois. Or, la plupart des systèmes de caisse ne génèrent pas automatiquement de fichier d'archive — la génération est initiée par l'utilisateur. Mettez en place une procédure d'archivage dès maintenant.

Comment se préparer concrètement

Étape 1 : identifiez vos flux

Combien de votre CA est B2C ? Combien est B2B ? Combien est international ? Le B2B domestique = e-invoicing (FactureValide pour le Factur-X). Le B2C + international + paiements services = e-reporting.

Étape 2 : vérifiez votre caisse ou logiciel

Contactez l'éditeur de votre caisse enregistreuse ou logiciel de facturation et posez ces 3 questions : (1) Sera-t-il compatible e-reporting pour septembre 2027 ? (2) Peut-il exporter les données du ticket Z vers une Plateforme Agréée ? (3) Gère-t-il la ventilation par taux de TVA et par catégorie (biens/services) ?

Étape 3 : choisissez votre Plateforme Agréée

Vous avez besoin d'une PA pour recevoir les factures électroniques de vos fournisseurs (obligation dès septembre 2026) ET pour transmettre le e-reporting (obligation dès septembre 2027). Choisissez une PA qui gère les deux. La liste des PA immatriculées est sur impots.gouv.fr.

Étape 4 : pour vos factures B2B, utilisez FactureValide

Le e-reporting est géré par votre caisse pour le B2C. Mais vos factures B2B (fournisseurs, traiteurs, prestataires) doivent être au format Factur-X. FactureValide convertit vos factures existantes en 2 minutes.

Besoin de facturer un client pro entre deux ventes B2C ?

Créez une facture Factur-X conforme EN 16931 en 2 minutes — catégorie d’opération, mentions légales et SIRET gérés automatiquement.

Catégorie d’opération auto
Mention TVA adaptée
SIRET vérifié INSEE
Compatible PA e-reporting
Créer une facture B2B →Offert · Sans inscription
Anticipez le contrôle

Vos factures Factur-X sont-elles conformes EN 16931 ?

Vérifiez avant le contrôle DGFiP — validation Schematron en 30 secondes.

Vérifier →

Questions fréquentes sur le e-reporting

E-invoicing = factures B2B entre entreprises françaises, au format Factur-X, via PA. E-reporting = données des autres transactions (B2C, international, paiements services), transmises agrégées à la DGFiP via PA. L'un ne remplace pas l'autre — les deux sont obligatoires.
Oui — c'est le cœur du e-reporting. Toutes vos ventes aux particuliers doivent être déclarées : montant total HT par jour, montant TVA ventilé par taux. Aucune donnée client n'est transmise.
Par jour : SIREN, date, montant total HT, montant TVA ventilé par taux (5,5 %/10 %/20 %), catégorie d'opération (biens/services/mixte). Pas le détail des articles, pas l'identité du client, pas le mode de paiement.
Régime réel normal mensuel : par décade (3 fois/mois, délai 10 jours). Réel normal trimestriel : mensuel (avant le 10 du mois suivant). Simplifié : mensuel (25-30 du mois suivant). Franchise TVA : bimestriel (25-30 du mois suivant la période de 2 mois).
Le ticket Z est la source de données idéale, mais il faut que votre logiciel de caisse puisse exporter ces données vers une PA dans un format structuré. Le ticket Z papier seul ne suffit pas — la transmission doit être dématérialisée.
Oui. La franchise TVA (art. 293 B) n'est pas une exonération. Vous devez transmettre vos données de transaction tous les 2 mois (bimestriel). Les montants sont transmis sans ventilation TVA puisque vous n'en facturez pas. Voir notre guide franchise TVA.
Oui. Ventes à des particuliers en France = e-reporting B2C. Ventes à des clients étrangers = e-reporting international. Votre CMS (Shopify, WooCommerce, Prestashop) doit être capable d'exporter les données vers votre PA.
Concerne les prestataires de services dont la TVA est exigible à l'encaissement (pas sur les débits). Vous devez déclarer la date et le montant de chaque encaissement. Cela concerne coiffeurs, consultants, formateurs, restaurateurs.
250 € par transmission manquante, plafonné à 15 000 €/an. Droit à l'erreur sur la première infraction si régularisation sous 30 jours. Au-delà des amendes, risque de contrôle fiscal si incohérence entre e-reporting et déclaration de TVA.
Non. Les opérations exonérées de TVA (art. 261 CGI : actes médicaux, enseignement, assurances) ne sont soumises ni à l'e-invoicing ni au e-reporting. Ne confondez pas avec la franchise TVA (art. 293 B) qui est bien concernée.
NF525 = inaltérabilité + archivage. Mais pour le e-reporting, il faut en plus l'export vers une PA. Contactez votre éditeur maintenant pour vérifier qu'il sera compatible e-reporting en 2027.
Oui. Art. 102 B du LPF : conservation des données de caisse et de facturation. L'administration peut les demander en cas de contrôle. La plupart des caisses ne génèrent pas automatiquement de fichier d'archive — mettez en place une procédure manuelle ou automatisée.