Factur-X vs UBL vs CII : quel format en France ?
« Ma facture doit être en Factur-X, en UBL, ou en CII ? » — c'est la question qui revient le plus souvent chez les artisans, freelances et TPE qui découvrent la réforme 2026. Et la réponse n'est pas évidente, parce que les trois sont techniquement acceptés en France.
Pourtant, la réponse pratique est simple : en France, utilisez Factur-X. C'est le format poussé par la FNFE-MPE, adopté par la quasi-totalité des éditeurs français, et le seul qui combine un PDF lisible par l'humain avec un XML structuré pour la machine — dans un seul fichier.
Cet article explique les différences entre les trois formats, pourquoi la France a convergé vers Factur-X (et pas vers UBL comme les pays nordiques), ce que ça change pour vous concrètement, et comment tout ça s'articule avec Chorus Pro, les plateformes agréées et la norme européenne EN 16931.
- 01. EN 16931 : la norme unique, les syntaxes multiples
- 02. Les 3 formats expliqués simplement
- 03. Comparatif technique : Factur-X vs UBL vs CII
- 04. Pourquoi la France a convergé vers Factur-X
- 05. Et les autres pays européens ?
- 06. En pratique : quel format pour votre situation
- 07. Interopérabilité : recevoir un format, émettre un autre
- 08. 15 questions fréquentes
EN 16931 : la norme unique, les syntaxes multiples
Avant de comparer les formats, il faut comprendre la distinction fondamentale entre la norme sémantique et les syntaxes qui l'implémentent.
EN 16931 est la norme européenne de facturation électronique, publiée par le CEN (Comité Européen de Normalisation) en 2017. Elle définit le modèle sémantique d'une facture : quels champs doivent être présents (vendeur, acheteur, lignes, TVA, montants…), quelles règles de cohérence s'appliquent (les 200+ règles BR-*), et quels codes sont autorisés (catégories TVA, codes pays, devises…).
EN 16931 définit le « quoi » — pas le « comment ». Pour exprimer ces données en XML, la norme reconnaît officiellement deux syntaxes :
- UBL 2.1 (Universal Business Language) — maintenu par OASIS. Syntaxe utilisée par Peppol, les pays nordiques et une partie de l'Europe du Sud.
- CII D22B (Cross-Industry Invoice) — maintenu par UN/CEFACT. Syntaxe utilisée par Factur-X (France) et ZUGFeRD (Allemagne).
Les deux syntaxes expriment exactement les mêmes données sémantiques. Un champ « nom du vendeur » existe dans les deux — il est juste dans une balise XML différente. Les règles métier (Schematron) vérifient la même norme, mais avec des XPath adaptés à chaque syntaxe.
Les 3 formats expliqués simplement
UBL 2.1 — le XML pur, standard international
UBL (Universal Business Language) est un standard de l'organisme OASIS. C'est un fichier XML pur — pas de PDF, pas de rendu visuel intégré. Le fichier contient toutes les données de la facture dans des balises XML standardisées, et c'est au destinataire (ou à son logiciel) de générer un rendu visuel s'il en a besoin.
UBL est le format dominant sur le réseau Peppol (Pan-European Public Procurement OnLine), utilisé massivement dans les pays nordiques (Norvège, Suède, Danemark, Finlande), en Belgique, aux Pays-Bas, et en Australie. C'est aussi le format que beaucoup de grandes entreprises utilisent pour l'EDI (échange de données informatisé).
CII D22B — l'autre XML pur, standard UN/CEFACT
CII (Cross-Industry Invoice) est un standard de l'UN/CEFACT (Organisation des Nations Unies pour la facilitation du commerce). Comme UBL, c'est un fichier XML pur. La structure des balises est différente (les noms de champs, les namespaces, l'organisation hiérarchique), mais les données exprimées sont les mêmes.
Le CII pur est rarement utilisé tel quel en France. Son usage principal est comme socle XML de Factur-X et ZUGFeRD.
Factur-X — le format hybride PDF + XML
Factur-X est un format hybride : un PDF/A-3b dans lequel est embarqué un fichier XML au format CII D22B. Le PDF est lisible par l'humain (votre facture telle que vous la voyez), le XML est lisible par la machine (pour le traitement automatisé, la comptabilisation, le paiement).
C'est le format développé conjointement par la FNFE-MPE (France) et FeRD (Allemagne). En Allemagne, le même format s'appelle ZUGFeRD. Depuis la version 1.08 / 2.4 (janvier 2026), les deux spécifications sont unifiées — c'est exactement le même format technique.
Factur-X existe en 5 profils de richesse croissante (MINIMUM, BASIC WL, BASIC, EN 16931, EXTENDED). Pour l'e-invoicing B2B domestique en France, les PA exigent le profil EN 16931 au minimum.
Comparatif technique : Factur-X vs UBL vs CII
| Critère | Factur-X | UBL 2.1 | CII D22B (pur) |
|---|---|---|---|
| Type de fichier | PDF/A-3b + XML embarqué | XML pur | XML pur |
| Syntaxe XML | CII D22B (UN/CEFACT) | UBL 2.1 (OASIS) | CII D22B (UN/CEFACT) |
| Norme sémantique | EN 16931 | EN 16931 | EN 16931 |
| Rendu visuel intégré | ✓ PDF lisible | ✗ Non | ✗ Non |
| Taille fichier typique | 200–800 Ko | 10–50 Ko | 10–50 Ko |
| Lisible sans logiciel | ✓ Oui (PDF) | ✗ XML brut | ✗ XML brut |
| Organisme | FNFE-MPE + FeRD | OASIS | UN/CEFACT |
| Équivalent allemand | ZUGFeRD 2.4 (même format) | — | — |
| Réseau Peppol | Supporté (profil CII) | ✓ Format natif | Supporté |
| Chorus Pro | ✓ Accepté | ✓ Accepté | ✓ Accepté |
| PA françaises | ✓ Format dominant | ✓ Accepté | ✓ Accepté |
| Schematron | CII spécifique | UBL spécifique | CII spécifique |
| Adoption France | ~90 % | ~8 % | ~2 % |
Pourquoi la France a convergé vers Factur-X
La France n'a pas « interdit » l'UBL. Les trois formats sont officiellement acceptés par les PA et par Chorus Pro. Mais en pratique, l'écosystème français s'est massivement aligné sur Factur-X. Voici pourquoi.
Le PDF reste la lingua franca des TPE
La France compte 4 millions de TPE et micro-entreprises. L'immense majorité d'entre elles n'ont jamais vu un fichier XML de leur vie. Pour un plombier, un électricien ou une coiffeuse, la facture, c'est un PDF. Factur-X permet de garder ce PDF — le client peut l'ouvrir, le lire, l'imprimer — tout en ajoutant le XML structuré que la PA exige. C'est une transition douce, pas une rupture.
Avec un UBL pur, la facture serait un fichier XML illisible sans logiciel spécialisé. Pour les grandes entreprises avec des ERP, c'est transparent. Pour un artisan qui vérifie ses factures sur son téléphone, c'est inutilisable.
Le co-développement franco-allemand
Factur-X est né d'une initiative conjointe de la FNFE-MPE (Forum National de la Facture Électronique, France) et de FeRD (Forum elektronische Rechnung Deutschland, Allemagne). Les deux plus grandes économies de la zone euro ont aligné leur format — ce qui donne à Factur-X/ZUGFeRD une masse critique que l'UBL n'a pas en Europe continentale.
La compatibilité descendante
Factur-X est rétrocompatible avec les flux PDF existants. Un logiciel qui sait lire un PDF sait afficher un Factur-X. Un logiciel qui sait lire un XML CII sait extraire les données structurées. Les systèmes qui ne sont pas encore mis à jour peuvent au moins lire le PDF. Avec l'UBL, un système non mis à jour ne peut rien faire du fichier.
L'écosystème logiciel français
Les principaux éditeurs français de facturation (Tiime, Pennylane, Indy, Evoliz, Axonaut, Abby, Henrri) ont tous choisi Factur-X comme format de sortie. Quand 90 % de l'écosystème émet en Factur-X, le choix est fait de facto — même si l'UBL reste techniquement acceptable.
Et les autres pays européens ?
Chaque État membre a fait son choix. La directive européenne 2014/55/EU impose EN 16931 mais laisse le choix de la syntaxe. Voici la carte :
| Pays / Zone | Format dominant | Syntaxe |
|---|---|---|
| France | Factur-X | CII D22B (dans PDF/A-3b) |
| Allemagne | ZUGFeRD (= Factur-X) + XRechnung | CII D22B + UBL (secteur public) |
| Italie | FatturaPA / SDI | Format national (proche UBL) |
| Espagne | Facturae | Format national |
| Pays nordiques | Peppol BIS Billing 3.0 | UBL 2.1 |
| Belgique | Peppol BIS | UBL 2.1 |
| Pays-Bas | Peppol BIS + SI-UBL | UBL 2.1 |
| Secteur public UE | Peppol BIS | UBL 2.1 (dominant) |
L'Europe est donc coupée en deux : les pays d'Europe continentale (France, Allemagne) ont convergé vers CII via Factur-X/ZUGFeRD, tandis que les pays du nord et le secteur public européen utilisent UBL via Peppol. L'interopérabilité est assurée par la norme EN 16931 commune — les PA et les points d'accès Peppol gèrent la conversion entre syntaxes.
En France, c'est Factur-X. Et on vous le génère en 2 minutes.
Déposez votre facture PDF, Word ou Excel. Le convertisseur FactureValide produit un Factur-X conforme (PDF/A-3b + XML CII D22B EN 16931) prêt à envoyer à votre PA.
Convertir en Factur-X →En pratique : quel format pour votre situation
Si vous vous demandez quel format utiliser, voici la réponse en fonction de votre profil.
Vous êtes artisan, freelance, TPE ou auto-entrepreneur
→ Factur-X. Vous n'avez pas à y réfléchir. Votre logiciel de facturation (Tiime, Pennylane, Indy, Evoliz…) génère du Factur-X nativement. Si vous n'utilisez pas de logiciel, le convertisseur FactureValide transforme votre PDF en Factur-X conforme. Vos clients peuvent lire le PDF, votre PA traite le XML. Tout le monde est content.
Vous êtes éditeur de logiciel
→ Factur-X EN 16931 en priorité, UBL en option. Pour le marché français, générez du Factur-X. Si vous avez des clients internationaux (Peppol, secteur public européen), ajoutez l'UBL 2.1. Les deux utilisent la même norme EN 16931 — les données sont les mêmes, seul le mapping XML change. Attention : les fichiers Schematron sont distincts pour chaque syntaxe.
Vous êtes expert-comptable
→ Factur-X pour vos clients, capacité de lecture UBL pour les factures reçues. Vos clients TPE émettent en Factur-X. Mais certains de leurs fournisseurs (grandes entreprises, acteurs nordiques) peuvent envoyer de l'UBL. Votre outil de comptabilité doit savoir lire les deux. Le lecteur FactureValide affiche les données XML en clair, quel que soit le format. Guide complet : expert-comptable et facturation 2026.
Vous facturez le secteur public (Chorus Pro)
→ Factur-X ou UBL, les deux passent. Chorus Pro accepte Factur-X, UBL 2.1 et CII pur. En pratique, la grande majorité des flux transitent en Factur-X. Si vous êtes déjà sur Peppol en UBL, pas besoin de changer — ça fonctionne aussi.
Vous facturez des clients européens hors France
→ Vérifiez le format attendu par le pays de destination. Un client allemand acceptera du Factur-X/ZUGFeRD sans problème (même format). Un client norvégien ou belge attendra probablement de l'UBL via Peppol. Votre PA peut gérer la conversion entre formats grâce à la norme EN 16931 commune.
Interopérabilité : recevoir un format, émettre un autre
Une question fréquente : « Si mon fournisseur m'envoie de l'UBL et que j'émets en Factur-X, est-ce un problème ? »
Non. L'interopérabilité est assurée à deux niveaux :
Au niveau de la PA
Les plateformes agréées sont tenues d'accepter les trois formats (Factur-X, UBL, CII pur). Quand un fournisseur émet en UBL et que votre PA attend du Factur-X (ou inversement), la PA peut effectuer la conversion de syntaxe. Le modèle sémantique EN 16931 est le même — c'est un changement de « langue », pas de contenu.
Au niveau de la norme
Puisque UBL et CII expriment les mêmes données EN 16931, la conversion entre les deux est déterministe (sans perte d'information). Un champ « nom du vendeur » en CII se retrouve exactement dans le champ équivalent en UBL. Les listes de codes (catégories TVA, devises, pays) sont identiques.
En pratique, pour une TPE française, vous n'aurez probablement jamais à vous soucier de l'interopérabilité. Vos clients et fournisseurs français sont en Factur-X. Si un fournisseur européen vous envoie de l'UBL, votre PA le convertira avant de vous le transmettre — ou votre logiciel saura le lire.
⚡ FactureValide génère du Factur-X conforme, point final.
Pas de choix de format à faire. Le convertisseur prend votre facture (PDF, Word, Excel) et produit un Factur-X EN 16931 — le format attendu par les PA françaises. Le validateur vérifie la conformité, et le lecteur affiche les données XML en clair.